Une des caractéristiques les plus marquantes de notre petit pays est l’incroyable quantité de documents promotionnels qui doivent être rédigés en deux langues. Le néerlandais représente à cet égard un défi particulièrement épineux.

copywriting - structure et planTout a démarré ce matin par une discussion avec Pierre, un des habitants du Betacowork, l’espace de coworking qui héberge Ex Abrupto depuis le début de l’année. Pierre est traducteur, et ce matin il peste sur un communiqué de presse rédigé dans la langue de Vondel, et qu’il peine à traduire.

Je suis vraiment embêté, c’est à chaque fois la même chose: les paragraphes manquent de structure, le texte est brouillon, et je dois passer pas mal de temps à le réécrire afin que mon client puisse disposer d’un document final qui soit crédible pour les journalistes qui le liront.

Son propos m’a fait tiquer: une des activités d’Ex Abrupto est en effet la coordination éditoriale de blogs, de magazines et de newsletters. À ce titre, je commande régulièrement des textes à des journalistes néerlandophones. Et, effectivement, je rencontre moi aussi pas mal de problèmes avec leurs textes. Souvent, le résultat final, qui apparaît correct lors d’une lecture en diagonale, révèle lors d’une lecture plus critique une série de défauts de structure: répétitions d’idées, absence de connecteurs logiques, direction parfois floue…

Absence de plan?

La conversation se poursuit, et je fais remarquer à Pierre qu’à mon sens, ces défauts de structure sont sans doute la conséquence d’un manque de préparation dans le processus d’écriture. Ils apparaissent de manière particulièrement flagrante lorsque le texte est traduit « littéralement » en Français. Je conseille d’ailleurs invariablement à mes clients de faire relire les textes traduits du Néerlandais vers le Français par un copy, ou un secrétaire de rédaction. Pierre acquiesce, mais faute de preuve tangible, il est un peu difficile de tirer une conclusion définitive.

Tell me a story(line)…

Cependant, une autre expérience me revient en tête. Un de mes clients m’avait confié, au début d’une collaboration qui se poursuit aujourd’hui, qu’il voulait absolument éviter que les textes de sa newsletter B2B « sentent la traduction ». Après une longue discussion, nous avons trouvé une solution : faire rédiger à chaque fois les textes par deux journalistes – un néerlandophone et un francophone – sur base d’un canevas commun, une « storyline ». Le journaliste néerlandophone avec lequel mon client collaborait déjà possédait une connaissance nettement plus poussée que moi du secteur d’activité, et j’ai donc suggéré qu’il prenne en charge la préparation des storylines des différents articles. La première tentative s’est avérée peu concluante, et je lui ai alors confectionné un modèle de storyline pré-formatté qu’il n’aurait plus qu’à remplir. Il a fini par nous confier, lors d’une réunion de rédaction, qu’il n’était pas du tout à l’aise avec la préparation de ce genre de plans, et nous avons donc convenu que je reprendrais la tâche. Par contre, il trouve très confortable de rédiger ses textes en partant des storylines que je prépare.

Qu’en pensez-vous?

Tout ceci reste plutôt circonstanciel, bien entendu, mais je trouve que le débat mérite qu’on s’y arrête, d’autant que le manque de structure devient aujourd’hui également un problème du côté francophone. Il est d’ailleurs frappant de constater qu’avant l’avènement du web (qui a permis à certains auteurs francophones spécialisés en rédaction web de faire revenir certains principes de rédaction à l’avant-plan) les seuls ouvrages scientifiques francophones traitant des méthodes d’écriture efficace et de la lisibilité des textes sont ceux de François Richaudeau, et ils sont hélas épuisés depuis longtemps. Dans le monde anglo-saxon, au contraire, les ouvrages foisonnent. Même les grands écrivains comme Stephen King se sentent obligés d’apporter leur pierre à l’édifice.

Mais donc, pensez-vous également que le manque de structuration des textes est un réel problème de l’autre côté de la frontière linguistique? En wat denken mijn nederlandstalige collegas hiervan?